Il fallut de l’audace pour réhabiliter l’héroïsme français dans l’imaginaire collectif. Antoine Baudry l’a eue et cette audace est un triomphe.
Aujourd’hui, la France a rendez-vous avec elle-même avec la sortie du premier volet du biopic consacré au général de Gaulle, La bataille de Gaulle, l’âge de fer. Le chapitre premier d’un dyptique aussi démesuré que son budget (environ 100 millions d’euros) mais à la hauteur des espérances cinéphiles et des exigences historiques. La réconciliation est consommée.
Après Moulin, réalisé par le hongrois Laszlo Nemes et brillamment interprété par Gilles Lellouche, Simon Abkharian revêt l’uniforme d’un général désinvolte et esseulé, combattant à la fois l’ennemi désigné et l’allié résigné. De Gaulle se lève à l’heure de la capitulation, d’abord convaincu que le Verbe peut tout. Il rejoint Londres dans l’espoir de rallier Churchill à sa cause et lance un premier appel qui, en France, demeurera presque sans écho. Les deux hommes tissent ensemble une stratégie militaire quasi chimérique, sans armée, sans moyens et sans l’aide américaine. Les cols blancs du Perfide-Albion voient davantage en De Gaulle un traître apatride qu’un héro. Sa légitimité ne tenant plus uniquement à son rang, le général doit se trouver une armée, celle de la France Libre venue d’Afrique.
A Londres, la guerre se vit dans le regard d’un général en exil. En France, elle se refuse à travers le combat du jeune Fernand, interprété par Florian Lesieur, dont la petite histoire empoignera héroïquement la grande.
Le prodige de ce film demeure en l’équilibre des récits. Le légendaire n’exclut pas la réalité des mauvais choix et des sacrifices impardonnables. La bataille de Bir-Hakeim, le bombardement fratricide de Mers-el-Kébir, l’impuissance du Vieux Continent face aux ingérences du Nouveau Monde… Antoine Baudry nous livre un film pour l’Histoire. Abkharian y incarne De Gaulle avec une exigence, une gravité et une précision remarquables. “Un personnage un peu fou”, selon ses mots, dont il reprend avec talent l’intonation et la tenue sans céder à la caricature. Une performance hors-normes.
Les scènes de batailles n’ont rien à envier aux studios hollywoodiens. Elles nous embarquent et nous immergent sur le théâtre de Bir-Hakeim et dans les fumées de Mers-el-Kébir, dans les rues originelles d’Alger et dans le romantisme révoltant des Champs-Élysées, avec un réalisme et une esthétique déconcertants. Le film est une succession de tableaux lumineux tant dans l’horreur de la guerre que dans la puissance des huis-clos.
Pour écrire ce scénario, Baudry et sa coscénariste Bérénice Vila se sont appuyés sur la biographie de l’historien anglais Julian T. Jackson, De Gaulle. Une certaine idée de la France. Un récit anglais mis en images par un réalisateur français, non comme un biopic mais comme un roman.
Baudry s’empare d’un mythe pour en faire un anti-héro destiné à éduquer les jeunes générations. Tel est son vœu et c’est tout le bien qu’on lui souhaite.
